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Divine Word MissionariesThe Founding Generation |
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Founding Generation
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« La seule langue que tout le monde comprend J. Freinademetz
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1852
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Après quatre ans d’école primaire à saint Léonard, le petit Üjöp, (Joseph en ladin), fut envoyé, sur l’avis du curé de la paroisse, à la ville épiscopale de Brixen. Il fallait onze heures pour arriver à l’école, car il n’y avait que peu de routes à cette époque dans la vallée du Gader. L’enseignement à Brixen se donnait en allemand, et Joseph n’en avait que des notions élémentaires. (Aujourd’hui, à part le ladin, les gens y parlent surtout l’italien.) Après deux ans d’école élémentaire à Brixen, il fut capable de passer à l’école secondaire. Bien que dans l’ensemble il ne fût qu’un élève médiocre, Joseph se montra très doué pour les langues.
En 1872, Joseph entre au grand séminaire. Le prince évêque Vincent Gasser du diocèse de Brixen avait joué un rôle important au premier Concile du Vatican. La petite ville épiscopale était animée d’un surprenant esprit missionnaire ; elle était ouverte au monde. À l’école secondaire et au séminaire, Joseph avait eu des professeurs qui correspondaient avec des missionnaires ; son idée de devenir missionnaire est certainement née là.
En 1875, il est ordonné prêtre. Un an après il termine ses études et est nommé vicaire à la paroisse saint Martin, dans la vallée du Gader qui l’avait vu naître ; son activité principale est l’enseignement. Entre-temps, l’appel missionnaire avait pris racine en lui.
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Oies (groupe de maisons au centre) et les villages de St Léonard, Pedraces et Stern dans la vallée, sous le pic de Ste Croix qui culmine à 3000 m d’altitude. |
En janvier 1878, parut un article dans le bulletin diocésain sur la nouvelle maison missionnaire de Steyl : la décision de Freinademetz fut vite prise. Le 27 août de cette même année, il arrive à Steyl, aux Pays-Bas, où Arnold Janssen venait de fonder en 1875 la première maison missionnaire allemande ; les problèmes politiques de l’époque l’avaient obligé à fonder sa congrégation à l’étranger. Le 2 mars 1879, après une année de noviciat, il reçoit en même temps que Jean-Baptiste Anzer la croix missionnaire des mains du Nonce Apostolique. Joseph fit une brève visite d’adieu à sa famille – il ne devait jamais les revoir – et, le 15 mars, les deux prêtres s’embarquèrent à Ancône, en Italie, pour la Chine.
Le 20 avril, les deux premiers missionnaires de Steyl prirent pied sur le sol chinois à Hong Kong. Joseph Freinademetz commença immédiatement son « noviciat missionnaire » à Saïkung, un petit poste de mission dans l’arrière-pays de Hong Kong, sous la conduite d’un missionnaire italien, Piazzoli. Quand en 1881, Steyl reçut officiellement son propre territoire missionnaire, la vie future du missionnaire des Dolomites était tracée. Joseph Freinademetz ne quittera plus jamais le territoire de Shandong, à part un bref séjour de trois semaines au Japon pour cause de maladie.
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uand
Joseph Freinademetz se rendit à Steyl, il quittait pour la première fois
sa vallée natale ; il avait vingt-six ans. Sa vie, ses habitudes, sa
vision du monde et de l’Église avaient été formées par le petit monde où
il avait grandi, profondément catholique. L’enseignement moral de
l’Église était la norme de la vie privée et publique ; les événements
de l’année se déroulaient selon le calendrier liturgique. Par sa
fidélité à l’Église, le Tyrol avait acquis une réputation de « terre
sainte ». Encore en 1837, des protestants furent chassés de chez eux à
cause de leurs convictions religieuses. Le prince évêque de Brixen,
Vincent Gasser, s’opposait de toutes ses forces à la liberté religieuse
que le gouvernement de Vienne avait imposée, allant jusqu’à offrir sa
démission au pape Pie IX parce que, en 1876, deux paroisses protestantes
avaient été fondées dans son diocèse. Les paroissiens de St Martin
saluaient leur vicaire d’un « loué soit Jésus Christ » et les enfants
lui baisaient la main. Un des thèmes récurrents de ses longs sermons
était « le péché et l’enfer », comme cela se faisait à l’époque. Voilà
donc le monde profondément catholique où Joseph se sentait chez lui.
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1875 Joseph Freinademetz est ordonné par le prince évêque Vincent Gasser.
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| Le père Freinademetz à son ordination. |
Quand, en avril 1879, le montagnard tyrolien prit pied à Hong Kong, c’était dans le but de « convertir les pauvres païens et de déraciner l’idolâtrie et l’ignorance ». Dans un sermon à St Martin, il avait déclaré un jour : « Quand je pense à ces peuples et ces pays malheureux où règne la nuit la plus totale du paganisme, où la religion authentique est inconnue, quand je pense à ces peuples qui sont aussi mes frères et sœurs, je ne peux retenir mes larmes ». Dans son sermon d’adieu, il disait : « Je suis bien conscient de la profonde misère de mes frères d’outre-mer qui, les larmes aux yeux, tendent les bras pour implorer notre secours »
asser
brusquement de l’étroite vallée tyrolienne à une ville cosmopolite comme
Hong Kong, n’alla pas sans un profond bouleversement. Parmi les 140.000
Chinois habitant Hong Kong il y avait 1000 catholiques. La communauté
étrangère comptait approximativement 10.000 membres : Anglais,
Portugais, Américains, Français, Allemands, Espagnols, Philippins,
Indiens et Persans ; rares étaient ceux qui montraient le moindre
intérêt pour l’Église. Et puis, il y eut ce misérable petit village de
pêcheurs de Saïkung, où il devait apprendre le chinois et où il attrapa
la malaria et souffrit de troubles digestifs ; en tout cas, pas de quoi
pavoiser ou s’enthousiasmer.
Dans son aspect extérieur, Joseph devint chinois. Il y eut d’abord le nom ; il allait s’appeler : « Fu Joshei Shenfu », simplifié et raccourci en « Fu Shenfu » -- ce qui signifie : le prêtre veinard. On rasa sa tignasse rousse à l’exception d’un petit toupet à l’arrière auquel fut attachée une tresse noire. Sa soutane noire fut remplacée par une robe chinoise bleue ; pour remplacer ses chaussures en cuir on le chaussa de souliers en tissu…mais, malgré les apparences, il restait Tyrolien, Européen.
La petite église missionnaire était assez misérable. Mais la pagode au pied de la montagne était magnifique, et il fut pris de jalousie et d’envie quand il vit les fidèles y entrer et en sortir. Tout ce qu’il avait, lui, c’était un vieux bonhomme qui essayait de lui apprendre le chinois
| 1879 A Hong Kong le fils des montagnes du Tyrol est devenu "chinois"
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Le père italien Piazzoli, missionnaire affecté au poste de Saïkong, ne trouva rien de mieux que de profiter de la présence de Joseph pour faire une tournée dans les postes extérieurs et laissa le jeune missionnaire seul pendant de longues semaines, une situation des plus déprimantes. Six mois plus tard, ils changeaient de rôle : c’est lui qui parcourait les îles et les villages pour visiter les quelques rares chrétiens et tenter d’éveiller l’intérêt des païens pour sa foi, la plupart du temps sans succès. Les gens vinrent voir cet oiseau rare, un Européen ; ils ne venaient pas pour écouter quelque message que ce soit. Et le pire c’est qu’ils criaient après lui : espèce de diable exotique ! Pour lui, c’était un comble : il avait renoncé à sa famille, à ses amis, à sa patrie, à tout… afin de les libérer des emprises du démon, et maintenant c’était lui le diable ! Cela lui sifflait aux oreilles et lui fendait le cœur. Et voilà qu’il commença à voir partout le diable à l’œuvre : les temples lui semblaient les habitations du diable ; les festivals religieux étaient des festivals démoniaques ; le démon était honoré de pétards et de coups de canon ; on lui offrait des sacrifices !
En résumé il écrivait : « La Chine est bel et bien le royaume du démon. On ne peut pas faire dix pas sans tomber sur toutes sortes d’images infernales et des diableries dans tous les coins. » Sa déception fit naître des généralisations hâtives et des préjugés réducteurs : « Le caractère chinois a peu de choses pour nous séduire, nous autres Européens… Le Créateur n’a pas doté les Chinois des mêmes qualités que nous, Européens… Les Chinois sont incapables de pensées et de sentiments élevés. »
À son insu, les illusions auxquelles il s’était accroché trompèrent toutes ses attentes ; ce qui le décevait le plus, c’est de s’être trompé. Comme dans un examen de conscience il écrivit en parlant de lui : « Le voici qui vient d’Europe, débordant de zèle ; il espère qu’à la fin de la journée il tombera de fatigue après avoir enseigné et baptisé pendant des heures ; que chaque année il verra s’écrouler de nouvelles pagodes pour faire place aux maisons de Dieu » -- et quelle réalité décevante, au contraire !
Joseph Freinademetz était, bien sûr, tributaire de son temps, de sa culture, de son pays. Dans sa conception étroite il n’y avait pas de place pour d’autres religions. Pour lui, être missionnaire signifiait convertir les âmes à la foi catholique. Mais cela ne se réalisait pas selon ses projets, … quelle désillusion !
es
déceptions personnelles, les adaptations difficiles sur le plan
physique, et les douloureux insuccès des débuts forcèrent Freinademetz à
se poser les questions fondamentales et existentielles sur sa vocation.
Les idées qu’il exprime à ce sujet ont mis des temps à mûrir. Ces
quelques lignes qu’il nous livre sous le titre : « Les joies du
missionnaire », il les a certainement longuement méditées et mûries dans
la prière. Voici sa réflexion : « Si, jamais, il y eut une grande œuvre
ici-bas, grande à cause de son objectif sublime, admirable à cause de la
quantité et de la qualité de ses moyens et de ses résultats, c’est bien
la religion du Crucifié et tout l’apostolat qui le concerne…Dans cette
lumière chaque chose prend une teinte unique et particulière ; ce qui
est petit et insignifiant devient singulièrement attrayant, ce qui est
amer prend une douceur surprenante. Une paisible solitude et un
sentiment de total isolement, ces deux extrêmes parlent au cœur du
missionnaire d’une façon unique. Et plus nous nous sentons solitaires,
plus Dieu est proche de nous ; et comme le missionnaire qui se trouve
dans une telle situation ne sait s’il doit pleurer à cause de la douleur
qui le chagrine ou s’il doit crier de joie, il fait les deux à la fois».
Quand il écrivait ces mots, Joseph avait vingt-huit ans. Ce n’était donc certainement pas l’âge mûr qui les avait inspirés. Il était encore plein d’énergie et de projets quand il écrivait ces lignes quasi mystiques à la fin de ses deux années de formation à Hong Kong. Il présente ces deux années comme son noviciat missionnaire, période décisive durant laquelle il trouva le fondement spirituel sur lequel il pouvait construire sa vie missionnaire en Chine.
Joseph se rendit bien compte que ce n’était pas les vêtements chinois qui allaient faire de lui un homme nouveau. Il se rendait bien compte aussi de ce qui lui restait à faire : « Le principal travail m’attend : la transformation de l’homme intérieur, l’étude du cheminement de la pensée chinoise, des us et coutumes chinois, du caractère et du tempérament chinois. Tout cela ne se fera pas en un jour, même pas en un an, et surtout pas sans peine.»
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“Fu Shenfu” – Le prêtre veinard. |
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Par ces lignes, sans s’en rendre compte il élabore son plan de vie. Il commence à se libérer de son analyse étriquée et devient un missionnaire à l’esprit plus ouvert. Ainsi, il s’avère éminemment bien équipé pour construire la première mission du Verbe Divin au Sud Shandong.
En 1881, Joseph quitte Hong Kong. La langue qui se parle à Shandong est différente de celle de la colonie anglaise de Hong Kong ; il se met donc encore une fois à l’étude d’un autre chinois. En mars 1882, il arrive à Puoli qui allait devenir le centre de la nouvelle mission. Le Sud Shandong va devenir plus que son lieu de travail, ce sera sa nouvelle patrie.

Joseph Freinademetz quittant Tsingtao.
reinademetz
travaille dans le Sud Shandong comme il l’avait fait à Saïkung. Il
parcourt une vaste région où les Européens avaient à peine mis les pieds
; pendant des semaines, des mois, il voyage de village en village,
accompagné parfois d’un chrétien chinois mal voyant. Il fit ce parcours,
une première fois au cours des deux premières années de son séjour au
Sud Shandong, et une seconde fois quatre ans plus tard. Mais par la
suite, il fut pratiquement tout le temps en route, soit comme simple
missionnaire itinérant, soit comme vicaire assistant, administrateur
des missions, supérieur provincial ou comme visiteur canonique.
Il se déplace, soit à pied, soit à mulet ou à cheval, soit en chaise à porteur ou en charrette à deux roues. De ce fait, il connaît la région mieux que quiconque, et pas seulement la région mais surtout les gens. À partir de ce moment, il met la main à ce qu’il avait vu, encore jeune missionnaire à Hong Kong, comme l’essentiel : Fu Shenfu, le Chinois « d’adoption », commence à étudier « les Chinois, leur façon de penser, leurs us et coutumes, leur caractère et leur tempérament. »
Pendant ses longs voyages à travers le pays, il ne les étudie pas par pure curiosité dans un but scientifique, il ne fait pas que collectionner des données sur leurs us et coutumes dans une optique anthropologique. Ce qu’il avait en vue est tout autre chose, c’est ce qui avait retenu son attention pendant son initiation à Hong Kong, c’est-à-dire la transformation intérieure de sa propre personne. Plus il arrive à connaître les Chinois, leur langue et leur culture, plus il se met à les estimer, et plus il est respectueux à leur égard. Il arriva un moment où il ne supportait plus que quelqu’un parlât d’eux de façon désobligeante. Cette attitude de sa part n’alla pas sans provoquer des critiques, il allait à l’encontre de la façon de penser de l’époque, aussi bien du monde civil qu’ecclésiastique.
| 1897 L’empereur Guillaume II qui envahit la Chine « d’une main de fer » |
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Au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, le colonialisme européen était à son point culminant – et à la même époque, l’ancien empire chinois avait chuté au point le plus bas de son histoire. L’Angleterre, la France, la Russie et le Japon forçaient l’Empire du Milieu, affaibli et croulant, à accepter des traités commerciaux déloyaux et inégaux. L’Empire allemand, renaissant de ses défaites, cherchait à tout prix à leur emboîter le pas. L’assassinat de deux missionnaires SVD, confrères de Joseph Freinademetz, dans des circonstances non élucidées, offrit à l’empereur Guillaume II l’occasion rêvée pour intervenir. La protection des missionnaires allemands au Sud Shandong fut le prétexte de l’occupation d’une région qu’il avait convoitée depuis longtemps, et qui fut choisie par pur intérêt économique, c’est-à-dire la baie de Kiaochow avec la ville portuaire de Tsing-tao. L’empereur d’Allemagne envoya ses troupes avec l’ordre d’ « attaquer d’une main de fer » si les Chinois résistaient.
![]() Le gouverneur allemand Von Truppel rend visite à l’évêque Anzer (1903) (Freinademetz au centre) |
Les forces d’occupation se servirent de leur supériorité militaire pour exploiter la Chine. Le peuple chinois fut humilié, et les autorités locales attisèrent la haine contre tous les étrangers. Les missionnaires furent identifiés aux intrus qui voulaient détruire la culture et la tradition chinoises et les structures de la société confucianiste. Pour dire vrai, il ne manquait pas de missionnaires aux tendances racistes et il y en avait qui manifestaient beaucoup d’arrogance vis-à-vis des Chinois.

Cour intérieure du centre missionnaire à Puoli
e
15 août 1886, Freinademetz prononce ses vœux perpétuels. En cette même
année, lors du premier Chapitre général, la communauté missionnaire de
Steyl avait choisi comme nom officiel : « Société du Verbe Divin ».
Joseph a trente-quatre ans ; il est en Chine depuis sept ans, dont les
quatre derniers au Sud Shandong. Joseph Freinademetz avait donc prononcé
ses vœux selon la nouvelle formule de la Société du Verbe Divin : «Ainsi
je prononce mes vœux à Toi, Dieu Saint et Trine…»
Mais pour Joseph, ces vœux n’expriment pas seulement son don intérieur et sans réserve au Créateur. Par ces vœux, il lie également toute sa vie de façon inséparable, comme par une espèce de mariage, au peuple chinois. Il n’offre pas seulement sa force, son énergie et sa vie pour eux – « priez, travaillez, souffrez » - mais il leur consacre également sa vie après sa mort, son espérance, son bonheur pour l’éternité. Cela signifie qu’il ne peut même pas imaginer la vie au ciel sans les Chinois. Dans son agenda, il note : « Avec ceci, frère Joseph, les dés sont jetés : priez, travaillez, souffrez, supportez. Toute ta vie pour tes Chinois bien-aimés ; alors, au soir de ta vie, couché sur ton lit de mort, tu pourras entrer dans ton sommeil entouré de tes chers Chinois. Adieu ! Adieu pour toujours, chère patrie au-delà des mers. »”
Joseph se mit à aimer les gens, ses « chers Chinois ». Lors de sa préparation aux vœux, il avait écrit à ses parents : « Je vous assure honnêtement et sincèrement que j’aime vraiment la Chine et les Chinois… Maintenant que la langue me cause moins de difficultés et que je connais mieux les gens et leur façon de vivre, la Chine est devenue, pas seulement ma patrie, mais aussi mon champ de bataille sur lequel je tomberai un jour. » Bien que la comparaison de « champ de bataille » puisse nous paraître étrange aujourd’hui, on peut comprendre ce qu’il a voulu dire. L’objectif qu’il poursuivait n’était pas simplement une idée, même pas le royaume de Dieu en général, mais ces gens mêmes avec lesquels il vivait au quotidien et qu’il s’était mis à aimer, et pas seulement au sens surnaturel mais tout simplement pour eux-mêmes. Il écrivit à sa sœur : « Je veux vivre et mourir avec les Chinois».
Cette conception ne fut pas appréciée de tout le monde. Certains trouvaient cette affection pour le peuple et pour tout ce qui sentait le chinois quelque peu exagérée.
Mais son premier biographe, Henninghaus, qui deviendra plus tard évêque et qui avait travaillé de nombreuses années à ses côtés, a souligné à plusieurs reprises que Freinademetz n’était d’aucune façon aveugle aux fautes et aux faiblesses des Chinois. Henninghaus compare cette affection avec l’amour que l’apôtre Paul exprime dans sa lettre aux Corinthiens : « L’amour est prêt à pardonner, à faire confiance, à espérer et à supporter tout ce qui arrive».
Cet amour fut souvent mis à rude épreuve. Freinademetz lui-même admit plusieurs fois qu’il était continuellement trompé et que l’on abusait de lui : « Combien de fois les Chinois m’ont-ils eu ! » Le père Henri Erlemann, qui par moments peut être très critique à son égard, écrit après sa mort : « J’oserai dire qu’aucun de nos missionnaires n’a éprouvé une telle ingratitude de leur part que leur plus grand ami et le plus dévoué à leur cause, le père Freinademetz».
Erlemann ne pouvait pas comprendre que Freinademetz continuât à leur vouer son affection. Un compatriote tyrolien de Freinademetz, le franciscain Zeno Koeltner, trouve qu’une telle attitude à l’égard des Chinois est tout simplement incompatible avec sa fonction de prêtre et missionnaire : « Comment cet homme peut-il entendre leur confession, quand il considère ces gens comme des saints !»
Le père Erlemann pense même pouvoir distinguer le moment de l’éclosion de cette affection particulière : « Dans la période de 1886 à 1890, il déclara tout bonnement que les Chinois étaient des saints, tout en admettant qu’ils n’étaient pas baptisés et ne croyaient pas en Dieu.»
Ce fut vraiment durant ces quatre ans que ce missionnaire acharné fut particulièrement proche des Chinois. Comme missionnaire itinérant il voyageait d’un village à l’autre. Habituellement, il trouvait logement dans une auberge délabrée ou une case primitive. Le nombre des chrétiens était si réduit qu’il se trouvait, la plupart du temps, entouré de gens carrément hostiles. On se moquait de lui à cause de son long nez, ou même à cause de sa religion. Et c’est justement pendant cette période, selon Erlemann, qu’il s’en accommodait si bien. On a l’impression qu’une telle vision du monde ressemble plus à du masochisme qu’à une observation impartiale. Cette situation tendue, ces tournées et fréquentations désagréables qui pouvaient se prolonger des mois, on ne peut les passer de façon un peu romantique par pertes et profits, ou les expliquer par une interprétation étriquée. Non, l’affection et l’amour de Fu Shenfu pour ses Chinois devaient être authentiques et profonds.
« La vertu authentique
n’est possible que
par la prière et la joie »
J.F.
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1890 |
ien
qu’il ait exigé tant de lui-même, n’ait renoncé à aucun effort, ait mené
une vie ascétique comme peu de gens, ait sacrifié ses besoins
personnels, Freinademetz n’était pas, comme on dit, « une brute. » Il
était au contraire très sensible, quelquefois hypersensible, il pouvait
même verser des larmes. Ses adieux à ses parents et à sa patrie, par
exemple, lui furent extrêmement difficiles. Quand les « écoliers
bien-aimés » de St Martin pleurèrent à ses paroles d’adieu, « cela me
transperça le cœur », écrit-il, et il ajoute : « je ne vais pas décrire
les scènes d’adieu dans la maison paternelle ».
Avant ses vœux, pendant l’absence d’Anzer, il avait dirigé la mission du Sud Shandong et s’était occupé des chrétiens à Puoli et des alentours. Il s’était tellement attaché à eux qu’il lui fut difficile de les quitter : « Cette fois-ci, je ne pus m’empêcher de pleurer, disait-il ; euntes ibant et flebant - citation biblique qui signifie : ils sortirent pour pleurer. » Les bons chrétiens de Puoli « étaient devenus proches de mon cœur »”
![]() fac-similé d’une lettre à un de ses frères. |
Il admet franchement que les lettres venant de sa famille le touchent profondément : « Ce n’est pas le mal du pays…, mais un sentiment bizarre qui me fait pleurer.»
Lors de l’occupation allemande de Tsingtao, Joseph fut de nouveau administrateur des missions en l’absence de l’évêque ; il célébra la grand-messe pour les soldats et fut très impressionné par les chants et la fanfare militaire à tel point qu’il pût à peine retenir ses larmes. Quand, à la fin de la messe, ils chantèrent le Te Deum, il ne se maîtrisa plus et ses larmes coulaient le long de son visage émacié.
Dans ses lettres, pleines d’exemples et de vivantes descriptions, apparaît clairement la façon très humaine dont il sympathise avec le destin du peuple chinois. Ce naturel plutôt tendre et aimable ne l’empêche tout de même pas de rester ferme et de tenir à son opinion au moment des décisions difficiles. Le père Erlemann témoigne : « Quelquefois j’avais des conflits avec lui, mais si l’affaire ne tournait pas selon ses vues, il ne cédait pas quoique qu’on avance pour étayer ses bonnes intentions.»
Les rapports de ses visites canoniques, les analyses des situations difficiles ou du caractère de missionnaires individuels, le discernement des candidats pour des tâches ou mandats montrent un excellent jugement, qui est tout sauf un commentaire superficiel ; le tout absolument objectif, sobre et bien étayé.
Le peu que nous fassions
n’est rien en comparaison
de ce que Dieu a fait pour nous.”
ême
ceux qui jetèrent un regard critique sur lui, doivent admettre que le
père Freinademetz était très exigeant pour lui-même, surtout en ce qui
concerne la pauvreté apostolique et l’obéissance. Vivre continuellement
à ses côtés n’était pas du goût de chacun, bien entendu. Voici le point
de vue du père Antoine Volpert qui parle d’expérience ; « Ce fut une
bonne chance pour moi d’avoir eu le vicaire, de sainte renommée, comme
enseignant et supérieur. Mais ce fut en même temps une malchance.
Confucius a fait remarquer un jour qu’il est plus difficile de
s’entendre avec une personne parfaite qu’avec quelqu’un qui l’est moins.
Moi, je n’étais pas assez parfait et il me demandait trop!»
Dans sa jeune congrégation religieuse il avait bonne réputation. Quand de nouveaux missionnaires arrivèrent, ils furent curieux de découvrir ce « saint homme. » Des visiteurs européens, des voyageurs ou diplomates furent impressionnés par sa personnalité, tout comme les soldats et officiers des troupes allemandes l’avaient été. Les gens l’admiraient et s’étonnaient du radicalisme de sa manière de penser et de vivre. Même ceux qui ne partageaient pas sa foi et sa façon de voir se laissaient convaincre. Mais que pensait-il de lui-même?
Quand il fut question de le rappeler en Europe pour un haut poste de
responsabilité, il se présenta d’une façon si péjorative que cela
sonnait comme une confession. Il se vit obligé « d’ouvrir son for
intérieur au Supérieur Janssen pour qu’il sache à quel misérable sujet
il avait affaire ». Après sa demande de ne pas considérer cette
confession publique comme de la fausse humilité, il lui ouvrit le fin
fond de son être. Il dévoila que dans ses pensées intimes il avait des
problèmes de sexualité et il continua à exposer son vilain caractère :
« je suis terriblement vaniteux et prétentieux, je suis maussade et
déprimé quand les choses ne tournent pas comme prévu ; en outre, je suis
ironique de façon incontrôlée quand les choses tournent bien. Je perds
vite patience et souvent je scandalise les catéchumènes par mon
exemple. De toute façon, je ne me contrôle pas et je cède souvent à
l’attrait des passions. »
Était-ce vraiment ainsi qu’il se voyait ? En tout cas, aucun de ses
confrères ne le reconnut sous cette présentation. Qu’il fut d’une
humilité authentique était confirmé par tous. Il est possible de
découvrir une certaine tendance au scrupule dans quelques-unes de ses
descriptions, une tendance qui refait surface dans les derniers jours de
sa vie quand il se confessa plusieurs fois de suite, bien qu’alité et
d’une extrême faiblesse.
Il n’était pas le seul à penser qu’il fallût rendre compte à Dieu du dernier petit détail ; tout à fait au diapason de la spiritualité de son temps, il disait : « Si tes comptes ne sont pas exactes, il te faudra rembourser au purgatoire, usque ad ultimum quadrantem…jusqu’au dernier sou. » Cela était peut-être la raison pour laquelle il craignait la mort. Mais une fois arrivé là, il passa paisiblement le cap. « Quand on a accompli son devoir et fait tout son possible, Dieu sera certainement miséricordieux…Que c’est formidable d’être catholique. Comme on peut mourir en paix.»
Ses dernières paroles montrent sa confiance inconditionnelle dans la puissance des sacrements. De la même façon, il était convaincu de l’efficacité d’une bénédiction sacerdotale ou de l’eau bénite à laquelle il attribuait une puissance magique : « Je pourrais te raconter pas mal de choses à propos de cette jeune mission, tel que l’effet miraculeux de l’eau bénite qui a déjà guéri pas mal de malades ici et expulsé beaucoup de diables ».
Cette dernière citation était destinée à être publiée dans une revue de Steyl, mais il est étonnant qu’elle ne fut pas imprimée telle quelle. Une autre parole montre bien son attitude personnelle à cet égard : « Je ne trouve rien d’étonnant à ce que les mauvais esprits s’enfuient ; le Christ a donné à son Église pouvoir sur eux. Mais ce qui me chagrine c’est que les pauvres païens voient ces signes et ne puissent les comprendre. » -- Joseph Freinademetz était missionnaire jusqu’au fond de lui-même ; le sort de ses gens – « ses » Chinois – le prit, corps et âme.
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1900 Avec le soulèvement des « Boxers » la situation politique en Chine devint critique, spécialement pour les missionnairess. |
es
missionnaires chrétiens étaient une épine dans la chair des autorités
locales chinoises, qui firent tout leur possible pour entraver leurs
travaux dans les missions. De façon adroite et subtile, ils excitèrent
la xénophobie générale et, à plusieurs reprises, ameutèrent les masses
contre tous les étrangers. Le père Freinademetz aussi, en fit
l’expérience plusieurs fois. En mai 1889, il fut sévèrement battu et
abandonné à demi-mort.
Le 1er novembre 1897, deux jeunes missionnaires, Richard Henle et Franz Nies, furent poignardés à mort. La mission de Steyl fit le deuil de ses premiers « martyrs ». Comme l’évêque était absent, le père supérieur Freinademetz célébra les obsèques, profondément bouleversé.
En 1900, la situation politique empira avec le soulèvement des Boxers. Les missionnaires reçurent l’ordre de se retirer vers les régions côtières où ils étaient plus en sécurité. Durant ces mois critiques, Freinademetz qui, en tant qu’administrateur des missions en l’absence de l’évêque était responsable de toute la mission, était très préoccupé du sort de ses fidèles. Il ne voulut pas quitter la région afin de pouvoir s’occuper des orphelins et des chrétiens qui s’étaient rassemblés dans le poste central de Puoli. À ses confrères qui n’étaient pas d’accord, il répondit : « Pourquoi est-ce que je ne me sacrifierais pas ? Je suis déjà à moitié mort et de toute façon je ne ferai pas long feu. Ma vie n’a plus d’importance, tandis que vous pouvez faire encore beaucoup pour Dieu. » Ce qu’il disait n’était pas tout à fait faux, il n’était pas en bonne santé ; les années d’austérité se faisaient sentir à l’approche de la cinquantaine. Ses reins lui causaient des ennuis, il avait une maladie chronique de la gorge et depuis quelque temps il crachait le sang. Les médecins avaient diagnostiqué une tuberculose et lui avaient donné peu de temps à vivre. Voilà sa condition physique quand vint l’ordre d’évacuation. Les jours précédents, son état de santé empira encore. Au début, il se laissa convaincre, mais après une bonne vingtaine de kilomètres il s’en retourna sur ses pas, ne pouvant trouver la paix dans la fuite. Cette fois-ci, ses confrères ne s’y opposèrent pas ; ils étaient convaincus de ne plus le revoir.
Quand les choses furent rentrées dans l’ordre, il rapporta à Steyl qu’il avait préparé les chrétiens à Puoli à « une mort sanglante » et « à l’honorable grâce du martyre ». « Le Seigneur a vu comme ils priaient et pleuraient ; ceux qui n’ont pas fait l’expérience de ces sentiments-là ne peuvent l’imaginer.»
À un ancien camarade de classe il écrivit : « Combien de larmes et de sang ont coulé dans notre Chine malheureuse. Moi-même que tu croyais mort depuis longtemps, je suis toujours vivant, bien que, depuis des mois, je sois suspendu entre la vie et la mort. Humainement parlant, il n’y avait pas d’échappatoire et même mes confrères m’avaient compté pour mort. ..Tout cela c’est du passé, et je suis toujours là parce que je n’étais pas digne du martyre. Combien d’évêques, de missionnaires et de chrétiens ont obtenu la couronne du martyre et moi j’ai été rejeté comme un « objet inutile»!
Ce qu’il écrivit-là, on peut penser que ce furent ses sentiments authentiques, surtout qu’il termina par cette anecdote : « Comment je vais ? Bien, grâce à Dieu ; j’ai même arrêté de cracher le sang. Un confrère de Tsingtao m’a écrit qu’il me faut absolument arrêter de cracher le sang, car lorsque les Tataohui (Boxers) arriveront pour m’abattre et, qu’au lieu de sang il n’y aura que de l’eau qui coule, cela pourra causer un problème lors de la béatification !!!. » Les trois points d’exclamation sont de sa main
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1901 |
u
vivant de l’évêque Anzer, Freinademetz a toujours eu la seconde place, à
quelques brèves exceptions près quand il remplaça l’évêque, celui-ci
étant hors du pays. Jusqu’à la mort de l’évêque, Freinademetz dirigea la
mission pendant environ cinq ans. De plus, il y eut l’époque de la
vacance du siège épiscopal et aussi les deux ans où le nouvel évêque
était à l’étranger. Freinademetz était-il donc né pour être l’éternel
second ?
Quand les deux premiers missionnaires quittèrent Steyl en 1879, il était clair qu’Anzer serait le supérieur. Quand les missionnaires franciscains cédèrent la mission du Sud Shandong aux missionnaires de Steyl, Anzer fut désigné comme substitut du vicaire apostolique par l’évêque compétent, non sans quelques disputes. Le bavarois, Jean-Baptiste Anzer était plutôt fougueux, il n’était pas dans sa nature d’avancer calmement. Au moment de fixer les limites du territoire de la nouvelle mission il entra en conflit avec l’Administrateur apostolique. Ce dernier en prit ombrage et désirait alors nommer Freinademetz comme substitut du vicaire, c’est-à-dire son représentant. À ce moment-là il était déjà évident que le Sud Shandong deviendrait, tôt ou tard, un vicariat apostolique et que le substitut deviendrait Vicaire Apostolique, c’est-à-dire évêque.
Freinademetz en fut affolé et supplia l’évêque, littéralement à genoux, de désigner Anzer. Était-ce seulement un acte d’humilité ?

L’évêque Henninghaus (à droite) le jour de son sacre.
Augustin Henninghaus fut, pendant plusieurs années, son collaborateur et il fut aussi son premier biographe. Voici son opinion sur le missionnaire tyrolien : « il était doué d’un esprit de discernement sobre mais clair et profond ; d’un bon sens peu commun et d’une aptitude naturelle à évaluer et démêler des situations compliquées. » Il savait donc évaluer tout naturellement ses propres capacités. Il n’était pas l’homme indiqué pour construire la nouvelle mission au Sud Shandong. Le fondateur de la congrégation à Steyl partagea son avis : Freinademetz est vraiment pieux et d’un caractère aimable, c’est un travailleur qui ne manque pas de prudence mais il est moins qualifié qu’Anzer pour la fonction de supérieur. » Freinademetz était un homme de la pastorale, sa force se trouvait dans les relations personnelles, tandis qu’Anzer aimait les feux de la rampe, il était plus « ferme, entreprenant et fort ». (A.J.)
Janssen conseilla à Anzer de consulter le Tyrolien dans « les négociations délicates », ce qu’il a souvent fait.
« Voyons ce que la vie représente réellement :
semence pour l’éternité » J.F.
Il est clair que les deux premiers pionniers de la mission du Sud Shandong ne s’entendaient guère, et que leurs avis étaient de plus en plus divergents, leur caractère étant trop différent. À cela s’ajoute qu’Anzer, petit à petit s’adonna à la boisson, se détacha de ses confrères missionnaires et prit des décisions brusques et arbitraires. Cela alla si loin que Freinademetz, sur le conseil pressant de ses confrères, demanda le renvoi de l’évêque. Il y eut entre eux des scènes dramatiques. Anzer accusa Freinademetz d’être un homme sans caractère et de comploter contre lui. Ce reproche blessa très fort Freinademetz mais il ne céda pas. La mort inopinée de l’évêque à Rome en 1903, mit un point final à tous les problèmes.
Le successeur « naturel » était, bien sûr, Joseph Freinademetz, au moins aux yeux du fondateur de la congrégation, Janssen, et de la majorité des missionnaires. Mais quelle était l’opinion de Freinademetz, lui-même ? Il ne pouvait se douter qu’il était le candidat tout indiqué ; mais nous croyons qu’il était sincère quand il disait qu’il ne voulait pas être évêque, son bon sens avait parlé ! Ses paroles à un proche à ce sujet ne laissent aucun doute : « Si tu penses que je pourrais devenir évêque, tu suis la mauvaise piste. Une mitre ne convient pas à une tête de mule et personne ne ferait cette bêtise. En outre, à côté de mes nombreux péchés personnels j’ai aussi le péché originel qui ne sera pas lavé par toutes les eaux du baptême».
Ce « péché originel » était sa nationalité autrichienne. Le gouvernement allemand avait fait comprendre au Vatican qu’il désirait un allemand comme évêque et qu’il s’opposait particulièrement à Freinademetz. Celui-ci en fut outragé, bien sûr, mais pas parce qu’il avait le désir de devenir évêque, mais parce que, à son avis, la nationalité ne pouvait pas être prise en compte par l’Église lors de la nomination des évêques. Le gouvernement impérial allemand avait, en outre, quelques autres motifs non avoués. À plusieurs reprises, Freinademetz s’était plaint de la façon de vivre des autorités coloniales et de la manière dont ils traitaient le peuple chinois. Pour comble, selon Henninghaus, le missionnaire tyrolien avait déclaré au prince Henri de Prusse, le frère de l’empereur en personne, que l’occupation de Tsingtao par les Allemands « n’était pas conforme aux principes de la justice. » Il était clair que son affection pour les Chinois lui fit prendre quelques raccourcis avec les usages diplomatiques.
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1902 |
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urant
l’été 1900, après la défaite de l’insurrection des Boxers et le retour
des missionnaires à leur poste, Arnold Janssen désigna Joseph
Freinademetz comme supérieur provincial, c’est-à-dire supérieur des
membres de la congrégation SVD travaillant en Chine. Jusque là, l’évêque
Anzer avait combiné ce mandat avec celui de son épiscopat. Anzer
accueillit cette nomination comme un affront personnel, et refusa au
début toute coopération.
Freinademetz garda ce mandat jusqu’à sa mort et s’acquitta très scrupuleusement de ses responsabilités. Il rendit régulièrement visite aux confrères, entretint une correspondance suivie avec la direction centrale de la congrégation, et construisit une maison centrale sur un grand terrain à Taïkia. Steyl lui avait accordé que les confrères du Verbe Divin puissent séjourner un mois pas an dans la nouvelle maison. Voici comment il l’expliqua à ses confrères, en style fleuri, qui nous paraît un peu démodé aujourd’hui:
« Puisque, comme représentant de notre très Révérend Père Supérieur général, il est de mon devoir de prendre le buffle par les cornes, pour ainsi dire, ou comme Saint Paul dit dans sa première lettre aux Corinthiens : ‘Si incertam vocem det tuba, quis parabit se ad bellum ?’ (14,8) ‘Si le clairon ne résonne pas fort, qui se préparera pour la bataille ?’ J’expliquerai donc de façon brève et concise la raison principale qui nous assemble ici et que devrait signifier pour nous notre séjour à Taïkia. Quelle est la première raison ? ‘Ut renovetur uterque noster homo.’ C’est-à-dire notre renouveau physique et spirituel afin que, avec une énergie renouvelée, nous puissions nous engager à travailler à ‘l’unique nécessaire’. Pour cette raison la maison doit être d’abord, aussi confortable que possible, et ensuite, aussi utile que possible. »
Ses longues années en Chine et une connaissance réelle et profonde de ses confrères lui firent réaliser la nécessité de bonnes relations personnelles et d’une mise à jour sur le plan théologique et spirituel. Comme supérieur provincial il profita de cette belle occasion de quatre semaines pour avoir un entretien personnel avec chacun d’eux. Consciencieusement, il envoya un rapport annuel à la direction générale. Bien que, en 1901, ses premières observations fussent quelque peu pessimistes, dans les années suivantes l’aspect positif dominait largement. Ses critères de jugement soulignent surtout deux aspects : leur contact avec la population locale et la façon dont ils observaient leur vœu de pauvreté. Il leur interdit avec force d’acheter des articles coûteux d’Europe sans son autorisation expresse. Il se réjouit de constater que les confrères abandonnaient de plus en plus les habits de soie chinois très coûteux. En particulier, il fit ressortir que « le principe d’autorité avait été profondément faussé ». La raison en était claire. À la direction générale à Steyl, aussi, on se rendit bien compte que tout cela était dû à l’administration arbitraire et fantaisiste de l’évêque Anzer.
Comme supérieur provincial, Freinademetz réussit à assurer ses confrères que la congrégation s’occupait d’eux sur tous les plans, et la majorité lui en furent reconnaissants. Il gardait les deux pieds sur terre quant à leur bien-être, tant spirituel que matériel ; on peut le déduire facilement des sujets de ses causeries. Il traitait de la politique de la Société concernant la comptabilité et l’épargne, l’enregistrement des terrains fonciers, la surveillance des constructions – dans la mesure du possible dans le style chinois – et même du reboisement de collines arides. Cette préoccupation et ce souci des confrères lui donnaient un nouvel élan ; sa santé s’améliorait grandement. En 1902, quand il eut cinquante ans, il devint de plus en plus le paisible pôle d’attraction de la mission du Sud Shandong, il semblait être devenu « mère de la province ».
À partir de la nomination, en 1094, d’Augustin Henninghaus comme évêque, il s’établit une collaboration exceptionnelle entre l’évêque et le supérieur provincial. Les derniers quatre ans du missionnaire tyrolien furent sans doute les plus paisibles et les plus agréables de sa vie.

Une des dernières photos de J. Freinademetz en Chine : avec l’évêque
Henninghaus et les confrères
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Titre (en chinois) |
reinademetz
avait beaucoup de talents mais n’était pas un génie. Si on fait le tri
des dates importantes de sa vie et des nombreux ministères qu’il a
exercés, tout en gardant à l’esprit qu’il n’était pas dans sa nature de
faire les choses à moitié ou par improvisation, il ressort clairement
qu’il a été extrêmement actif. Sa ténacité et le fait, peu commun, qu’il
n’avait besoin que de peu de sommeil, jouèrent en sa faveur. Les
urgences du moment, c’est-à-dire le manque de personnel, spécialement de
personnel qualifié, et surtout son obéissance sans faille aux caprices
de l’évêque Anzer, l’obligèrent souvent à s’acquitter de choses qu’il
n’aurait certainement pas choisies de plein gré.
Le travail avec les catéchumènes et les jeunes chrétiens fut son dada ; dans leur compagnie il s’épanouissait particulièrement. Avant tout, il était pasteur de cœur et d’âme. Il n’a toutefois pas eu la chance de rester au même endroit plus de deux années successives. Continuellement, l’évêque l’envoya faire des visites qui demandaient des rapports écrits détaillés. Si une nouvelle région d’implantation se présentait à l’Église, l’évêque ne trouvait personne de plus apte à envoyer que lui.
Pendant un temps, il a assuré la direction des cours des catéchistes et, durant une année, en même temps du grand séminaire. Il a dû préparer le premier synode diocésain ainsi que le programme des sujets à traiter. Après cela eut lieu le chapitre provincial et ce fut encore à lui qu’incomba tout le travail écrit. Le travail de recherche d’orientation des jeunes missionnaires lui fut confié, tout comme leur préparation à leurs vœux perpétuels. Il prêchait souvent des retraites. Et avec tout cela, il trouva encore le temps de publier un catéchisme chinois et de mettre au point un règlement pour les catéchistes. Il y avait encore l’abondante correspondance avec les membres de sa famille, ses amis, les bienfaiteurs, sans oublier les contacts fréquents avec l’administration générale à Steyl. Comme il connaissait bien le chinois, il fut souvent chargé par l’évêque de s’occuper de la correspondance avec l’administration locale.
Les négociations avec les autorités chinoises exigeaient énormément de temps. Il y eut aussi les visites obligatoires aux officiels et diplomates chinois et allemands. qui exigeaient l’observation stricte de règles et étiquettes. Pour une personne comme lui, qui se sentait plus à l’aise dans une ferme que dans un salon, cela dut être un fardeau supplémentaire.
« Ne nous effrayons d’aucun danger,
pleins de confiance en la divine providence
qui nous garde jour et nuit. »”
Les distances à parcourir étaient considérables, soit à cheval, soit par d’autres moyens primitifs. Le Sud Shandong était une vaste région et la Rivière jaune constituait une barrière formidable. Il y eut des voyages qui pouvaient durer quatre-vingts heures – et Freinademetz avait parfois de sérieux ennuis de santé.
Il est étonnant qu’il n’y ait pas la moindre mention à cette époque de la surcharge de travail, et de sa disponibilité aux autres. Tous ceux qui entraient en contact avec lui furent impressionnés de son accueil et sa gentillesse et de sa manière de consacrer tout son temps à son interlocuteur. Le premier cardinal chinois, Thomas Tien, en fit l’expérience lui-même : « Il était toujours présent pour les autres et quand ceux-là se présentaient à lui, il était totalement à eux, désintéressé et oublieux de lui-même. » Comment réussit-il cet exploit ?
La spiritualité du père Freinademetz était plutôt terre à terre et sans faille. Il était capable de remplir des tâches qui ne l’attiraient pas spécialement et chaque minute de sa vie était au service de sa vocation. Cette conception des choses devient évidente quand il explique à ses confrères le but de leur séjour d’un mois à la maison centrale de Taïkia : « Notre vie est trop brève, notre temps est trop précieux pour en gaspiller même une petite seconde. Ce mois aussi appartient à Dieu et Dieu placera chacune de ses 720 heures, chacune de ses 43.200 minutes, et chacune de ses 2.595.000 secondes sur l’échelle de sa rétribution et nous en demandera des comptes. » Cette exhortation à ne pas gaspiller son temps ne s’applique pas uniquement au travail intellectuel ou spirituel : « Néanmoins, une véritable cure de repos et de récupération fait partie de notre séjour à Taïkia. Le corps et l’âme sont deux entités diamétralement opposées, comme le feu et l’eau. Toujours est-il que l’un dépend de l’autre. Si le corps ne coopère plus, l’âme aussi arrête de fonctionner, ses activités baissent comme un feu qui manque de carburant, ou comme si on coupait le courant électrique qui alimente un moteur. » Il n’était jamais à court d’images et d’analogies.
’est
de Freinademetz qu’une grande part des catéchistes reçut son
enseignement. Ils étaient la colonne vertébrale de la mission, comme
lui et Anzer l’avaient appris déjà à Hong Kong : « Ces catéchistes
procèdent bien plus aisément que nous. Ils sont Chinois, tandis que
nous sommes pour eux des « diables européens ». Dans le Sud Shandong,
ils jouaient un double rôle : si dans une localité, des gens montraient
de l’intérêt pour la religion chrétienne un catéchiste était d’abord
envoyé là pour tirer les choses au clair, et ce n’est que plus tard
qu’un missionnaire leur rendait visite. Parfois on procédait de façon
contraire : un prêtre étranger éveillait la curiosité et après, le
catéchiste restait chez les gens pour continuer le travail. La majorité
des petites communautés de villages était sous la conduite d’un
catéchiste.
Freinademetz considéra les catéchistes comme plus que des aides missionnaires. Pour lui ils étaient de véritables apôtres et en tant que guides des communautés ils participaient au mandat pastoral. Dans les années 1893/94, comme directeur des cours de formation des catéchistes, il composa, en chinois et en latin, un règlement tout spécialement pour eux. Dans ce règlement il écrivit pour la première fois à propos de leur vocation : « Souvenez-vous de ceci. Dieu vous a appelés en personne parmi tant d’autres ! » Il regardait le mandat qu’ils recevaient de l’évêque, comme un signe de leur unité et en même temps de leur mission à prendre part au ministère pastoral et éducatif de l’Église : « Quand vous allez proclamer la foi, n’êtes-vous pas en réalité apôtres de Jésus Christ ? Quand les gens se perdent comme des brebis sans berger, il vous revient d’aller à leur recherche et de les ramener sur de bons pâturages ». Quand nous pensons que la majorité des catéchistes étaient de tout jeunes chrétiens qui n’avaient été baptisés que quelques années auparavant, on se rend compte de la confiance qu’on plaçait en eux. Et quand ils flanchaient et abandonnaient leur foi, comme il arrivait quelquefois, le défi du père Freinademetz était d’autant plus grand.

Une classe de catéchiste
Il vit leur mission dans un contexte plus large : « Après les temps des grands empereurs et des grands sages, les anciennes vertus commencent à disparaître en Chine. Des personnes très sérieuses sont à la recherche de gens qui, comme les apôtres de Jésus, sont capables de prêcher et de montrer le droit chemin. Vous autres, chers catéchistes, par votre proclamation, vous êtes l’accomplissement de l’espoir de beaucoup de gens ». Les efforts qu’il consentit à leur formation étaient en rapport avec la grande estime qu’il éprouvait pour eux. En se référant au temps où il avait été directeur de leur formation, il écrivit : « Je peux dire que je n’ai jamais eu autant de travail que durant les quinze dernières années en Chine ».
Après la mort de l’évêque Anzer, en sa qualité d’administrateur des missions, il réunit les catéchistes plusieurs semaines par an pour une retraite et une formation plus approfondie.
Joseph Freinademetz fut particulièrement intime avec un catéchiste plus âgé qui s’appelait Wang Shuosin, qui avait été moine taoïste. Pendant plusieurs années, Wang fut son secrétaire et conseiller personnel. Il s’avéra être indispensable pendant les négociations avec les autorités parce qu’il était très versé dans les communications orales et écrites avec les officiels.
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1898 |
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Le missionnaire tyrolien était pareillement en bons termes avec les prêtres locaux. Dans les documents préparatoires au synode diocésain, il réclama un statut égal pour eux : « Les prêtres chinois ne sont pas des prêtres de seconde classe. Pour eux, tout comme pour les Européens, il n’y a qu’un ordre de préséance – leurs années de service. Toutes les fonctions et dignités ecclésiastiques doivent être accessibles aux prêtres chinois de la même façon qu’aux Européens, sans la moindre discrimination ». En 1902, il demanda au supérieur général de la Congrégation d’accepter le prêtre chinois Hsia, et par ce fait d’ouvrir les portes aux aspirants chinois. » Arnold Janssen hésita. Les autorités ecclésiastiques hésitèrent plus longtemps encore : ce n’est que des décennies plus tard que Rome nomma le premier évêque chinois. Et c’est seulement en 1946 que Thomas Tien, qui comme séminariste avait connu le père Freinademetz, fut élevé au cardinalat par Pie XII ; il fut le tout premier cardinal non blanc.
« La prière est notre force, notre épée,
notre consolation et la clef du paradis »
reinademetz
fut ce qu’on appelle « un homme de prière », un spirituel. Cette
attitude ressort clairement de son exposé sur le clergé dans son travail
préparatoire pour le premier synode diocésain du Sud Shandong. Il écrit
ceci : « Vous vous imaginez arriver à la sainteté sans méditation, ce
qu’aucun saint n’a réussi à faire ? La méditation est une perte de temps
? C’est exactement le contraire qui est vrai. Sans méditation la vie est
perdue. Allez plus loin ; consacrez un jour par mois à la prière et à la
méditation. De tels jours sont parmi les plus beaux et les plus
enrichissants. En ces jours, l’Esprit Saint a promis de parler à notre
cœur ».
De le voir prier était édifiant pour beaucoup de gens. Le cardinal Tien puise dans sa mémoire de jeune séminariste : « La plupart du temps il allait s’agenouiller dans le chœur de l’église ; pour nous ce fut une expérience extraordinaire de l’observer pendant sa prière. L’image de ce prêtre à genoux m’a laissé une impression indélébile. On avait l’impression que rien n’aurait pu le distraire. Il était un géant de la prière. Sa dévotion était loin d’être bigote, elle était ouverte, elle était stimulante ».
L’évêque Henninghaus déclara : « La prière était vitale pour lui, c’était la joie de sa vie, la source qui le faisait vivre. » Même s’il devait travailler tard dans la nuit, il se réservait toujours encore un petit temps pour la prière et la lecture spirituelle. Pendant l’été, Freinademetz commençait sa journée très souvent à trois heures du matin par la prière et la méditation. Il préférait prier son bréviaire à genoux, mais droit et sans s’appuyer. Il gardait peut-être des souvenirs de son enfance, quand toute la famille récitait le chapelet à genoux sur le sol dur devant l’oratoire domestique.
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Il célébrait la sainte messe « de façon digne, sans précipitation mais aussi sans irriter par une lenteur excessive » (Henninghaus). Il est clair que le Tyrolien voulait éviter d’agacer les gens.
Le nom officiel des missionnaires de Steyl : Société du Verbe Divin, lui allait comme un gant. Dans un des exposés du synode diocésain, il exhortait ainsi les participants : « La lecture spirituelle quotidienne… ne manquez pas un jour de méditer un extrait des saintes Écritures, qui ont été appelées à juste titre : le livre des prêtres. Malheur à vous si vos sources de dévotion s’assèchent ! »
Lui-même connaissait la Bible pratiquement par cœur. Il citait la Bible très souvent, la plupart du temps en latin, et surtout, il avait le don de trouver des comparaisons adaptées aux situations ; vraiment, il avait « intériorisé » les Écritures. Pour lui la Bible n’était pas lettre morte, sèche, mais pleine de vie, une source dont il savait tirer l’eau. Avec ferveur, il mit ses confrères au défi d’opérer une mise à jour : « Faites une étude approfondie ! L’Écriture dit : parce que vous avez méprisé la sagesse, je vous mépriserai ».
Et voilà encore un exemple de sa maîtrise en matière biblique!
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La croix du Christ, l’Eucharistie et la méditation de la Parole de Dieu furent les piliers de la vie missionnaire de Joseph Freinademetz |
a
Croix et la Passion du Christ accompagnèrent Joseph Freinademetz depuis
sa prime jeunesse. Sa région natale dans les Dolomites est située au
pied de la « Montagne de la Croix ». Au pied de cette montagne débutent
les stations du chemin de croix, qui aujourd’hui encore conduisent vers
l’ancien sanctuaire de la Sainte Croix. Sa cousine, Maria Algrang, se
rappelait comment Joseph, étudiant et jeune prêtre, fit très souvent le
pèlerinage du chemin de croix. L’image miraculeuse vénérée au
sanctuaire, une sculpture en bois du Christ portant la croix, est
transportée en procession vers le haut de la montagne après la fonte des
neiges au printemps et ramenée à l’église paroissiale d’Abtei au mois
d’octobre.
Aux catéchistes qu’il avait à instruire de 1893 à 1894, Freinademetz dit : « Pour tous, il n’y a qu’une route vers la sainteté, c’est-à-dire la méditation de la Passion de notre Seigneur Jésus Christ. »
Arrivé à un moment de sa vie où il était capable d’intérioriser et d’accepter ses échecs et déceptions, sans les mettre sur le compte du caractère rébarbatif des Chinois, il lui fut possible de parler de la Croix de manière très profonde : « Toute la Passion de notre Seigneur se rejoue dans la vie et l’histoire de l’Église…Oui, l’Église aussi doit souffrir sa passion ici-bas, transpirer des gouttes de sang dans le jardin des Oliviers, expirer sur la croix ; elle doit continuellement lutter et se battre, travailler et souffrir, supporter et saigner. Le martyre en esprit et le martyre sanglant restent ses constantes caractéristiques. »
Mais, mystérieusement, cette vision s’appliqua aussi à Joseph lui-même. C’est dans cette optique qu’il considérait ses déboires et humiliations personnels, ses profondes déceptions quand des catéchumènes abandonnaient la foi et retournaient vers leurs croyances ancestrales, ou quand il fut victime de persécutions ; tout cela il le considérait, dans la droite ligne de saint Paul, comme sa participation à la croix du Seigneur. Or, ceci ne fut pas compris de tout le monde. Voyons la rubrique nécrologique qu’Erlemann écrivit pour Freinademetz : « Il a, en effet, travaillé et souffert beaucoup et certainement mérité une riche couronne de mérites…N’empêche qu’on ne peut ignorer que beaucoup de ses souffrances viennent pour une bonne part de sa propre disposition naturelle. Un autre n’aurait pas accumulé autant de souffrances ». Ce qu’Erlemann eut en tête était sûrement le fait que Freinademetz avait été trompé si souvent par les Chinois qui exploitaient sa naïveté, sans qu’il n’apprenne rien de ses erreurs et qu’il retombait chaque fois dans le même piège.
Il se peut aussi que la sérénité, la patience, l’empathie avec les gens, qui allaient croissantes avec le temps, aient eu leurs racines dans la conscience qu’il avait d’être intimement lié à la Passion de Jésus en Croix. Car il était vraiment aimé et adulé par ses chrétiens : « Les Chrétiens aiment leurs missionnaires autant qu’en Europe, et même plus, disait-il. Cela vaut bien quelques croix ».
En revanche, sa plus grande croix a dû être que la grande majorité des Chinois, « ses » Chinois, n’aient pas trouvé la foi dans la Croix du Christ et qu’ainsi, selon les idées théologiques de l’époque, ils n’aient pu être sauvés. Est-ce peut-être la raison pour laquelle il cherchait le martyre, à sacrifier sa vie pour leur salut ? Il en aurait été bien capable ; on peut le déduire de ces paroles qu’il répétait souvent : « Au ciel, j’aimerais être Chinois. » Cela signifie probablement qu’au ciel il aimerait être entouré d’autant de Chinois que possible.
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« Comme l’arbre a besoin de bonne terre pour sa nourriture et sa vie, disait Joseph Freinademetz, l’âme a besoin de prières ». Comme il serait heureux de voir que sa maison natale est devenue, depuis cinquante ans, un lieu de prière, de méditation, de paisible réflexion, et en même temps un lieu de rassemblement pour de nombreux pèlerins. En effet, chaque année ils s’y rassemblent par milliers. Loin au-delà des frontières du Tyrol, Joseph Freinademetz est devenu l’intercesseur à qui, plein de confiance, on adresse ses prières dans de nombreuses situations de détresse.
Actuellement, sa maison natale à Oies est habitée par une petite communauté de missionnaires SVD ; ils y accueillent les pèlerins, leur offrant la possibilité d’une petite récollection et d’une rencontre avec saint Joseph Freinademetz. En 1995, une église fut construite pour recevoir de plus grands groupes.
Et c’est ainsi que Joseph Freinademetz, qui avait fait ses adieux définitifs à sa terre natale pour faire rayonner l’amour de Dieu en Chine, est rentré sur la terre qui l’a vu naître, sa montagne tyrolienne bien-aimée.
Au
début de l’an 1875, Arnold Janssen alla voir l’archevêque Paul Melchers
de Cologne afin de lui présenter le projet de lancer une maison pour
missions étrangères. Abasourdi l’évêque lui dit : « Nous vivons dans une
époque où tout semble ébranlé et en train de couler et tu viens me dire
que tu veux commencer une nouvelle histoire »? Le père Janssen répliqua
: « Oui, nous vivons dans un temps où beaucoup s’effondre, c’est
pourquoi il faut du neuf pour le remplacer ».
Cette attitude et cette conception du fondateur des missionnaires du Verbe Divin, développées et étayées par une intense vie de prière et une incessante recherche de la volonté de Dieu, lui permirent d’aller jusqu’au bout de sa vision. Le 8 septembre 1875, avec quelques compagnons et malgré les doutes et réserves, et la pauvreté sur le plan matériel, il établit sur la rive gauche de la Meuse à Steyl, petit village des Pays-Bas, la première maison missionnaire pour le monde germanophone de l’Europe. Contraire à l’opinion générale, la maison missionnaire de Steyl fut vite connue d’un large public et, dix ans après, devint une Congrégation missionnaire. À la mort d’Arnold Janssen, en 1909, elle comptait mille membres (prêtres et frères) répandus dans le monde entier.
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Aux gens qui exprimaient leur étonnement face à la croissance rapide de son œuvre, Arnold Janssen répondait sans fausse modestie : « Ce n’est pas moi, c’est le Seigneur ». À côté de sa congrégation masculine du Verbe Divin, il fonda encore deux congrégations pour femmes : une pour les Sœurs missionnaires (1889) et une autre pour les Sœurs de l’Adoration perpétuelle (1896). « C’est l’œuvre du Seigneur », voilà qui fut le fondement de toute sa fondation.
C’est cette même confiance qui constitue la base du travail des 6000 missionnaires du Verbe Divin aujourd’hui. Ils continuent l’œuvre du fondateur, spécialement ::
Dans le ministère de la pastorale, par la construction et l’accompagnement de communautés d’Église. Les prêtres et frères collaborent comme ministres de la pastorale et dans les projets sociaux les plus divers.
Dans la proclamation de la Parole de Dieu. Comme « compagnons du Verbe Divin » ils se sentent particulièrement appelés à promouvoir l’apostolat biblique.
Dans leur engagement pour la justice, la paix et l’intégrité de la création. C’est un engagement qui est à la base de tous les projets et activités individuels.
Dans le champ des mass media, de la communication et de la recherche. Particulièrement par ces activités, la mission de l’Église comme dialogue respectueux de tout le monde, selon l’exemple de Jésus Christ, en sortira fortement approfondie et d’une efficacité plus grande.

St Michel à Steyl : la Maison Mère des Missionnaires du Verbe Divin
(SVD)
Voici comment les Missionnaires du Verbe divin se définissent aujourd’hui, en fidélité inventive à leur fondateur Arnold Janssen, en accord avec leurs Constitutions (version 1983/2000) et les résolutions récentes du dernier chapitre général :
En accord avec les paroles de Jésus Christ : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé je vous envoie » (Jn 20,21), nous sommes prêts à quitter notre pays, notre langue et notre culture et aller là où l’Église nous envoie. Cette disponibilité est la caractéristique essentielle de notre vocation missionnaire.
Nous faisons partie d’une congrégation catholique religieuse, composée de prêtres et de frères laïcs religieux vivant dans des communautés internationales et multiculturelles. Ainsi nous donnons témoignage à l’Église universelle et aux relations fraternelles. Par des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance nous nous lions à cette congrégation missionnaire.
Nous travaillons de préférence dans des régions où l’Évangile n’a pas encore été proclamé ou pas suffisamment proclamé, et où l’Église locale n’est pas encore bien établie. L’exemple de Jésus, le Verbe incarné, nous guide dans notre mission. Ouverts aux traditions religieuses et culturelles du monde entier et par respect pour elles nous sommes prêts au dialogue avec tous et partageons la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu avec eux.
En particulier nous cherchons à entrer en dialogue avec des gens qui :

| EUROPE | AMÉRIQUES | AFRIQUE |
A ses origines, la famille religieuse de Steyl était surtout composée d’Allemands et de ressortissants européens. Aujourd’hui, plus de la moitié des 10.000 membres de la famille arnoldienne (sœurs, frères et prêtres) viennent de l’hémisphère sud, notamment de l’Indonésie, des Philippines et de l’Inde. Unis à l’Église universelle, ils sont devenus une communauté internationale et multi-culturelle. |
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| ■▲ | Autriche | ■ | Anguilla | ■▲ | Angola | ||
| ■ | Belgique | ■▲ | Antigua | ■ | Bénin | ||
| ■ | Biélorussie | ■▲● | Argentine | ■▲ | Botswana | ||
| ■ | Croatie | ■▲ | Bolivie | ■ | Congo Rép.Dém. | ||
| ■▲ | République Tchèque | ■▲● | Brésil | ■▲ | Éthiopie | ||
| ■▲ | Angleterre | ■ | Canada | ■▲ | Ghana | ||
| ■ | France | ■▲ | Chili | ■ | Kenya | ||
| ■▲● | Allemagne | ■ | Colombie | ■ | Madagascar | ||
| ■ | Hongrie | ■ | Costa Rica | ■▲ | Mozambique | ||
| ■▲ | Irlande | ■▲ | Cuba | ■▲ | Rép. Afrique du Sud | ||
| ■▲ | Italie | ■ | Équateur | ■ | Tanzanie | ||
| ■▲ | Moldavie | ■ | Jamaïque | ■ | Tchad | ||
| ■▲● | Pays-Bas | ■▲ | Mexique | ■▲● | Togo | ||
| ■▲● | Pologne | ■ | Montserrat | ■▲ | Zambie | ||
| ■▲ | Portugal | ■ | Saint Christophe et Nevis | ■ | Zimbabwe | ||
| ■▲ | Roumanie | ■ | Nicaragua | ||||
| ■▲ | Russie | ■ | Panama | ASIE | |||
| ■ | Serbie | ■▲ | Paraguay | ■▲ | Chine | ||
| ■▲ | Slovaquie | ■▲● | USA | ■▲● | Inde | ||
| ■▲ | Espagne | ■ | Venezuela | ■▲● | Indonésie | ||
| ■▲ | Suisse | ■▲ | Japon | ||||
| ■▲ | Ukraine | OCÉANIE | ■▲ | Corée du Sud | |||
| ■▲ | Australie | ■▲● | Philippines | ||||
| ■ | Nouvelle-Zélande | ■▲ | Taiwan | ||||
| ■▲ | Papouasie-Nouvelle-Guinée | ■ | Thaïlande | ■ | SVD | ||
| ■▲ | Timor Leste | ▲ | SSpS | ||||
| ■▲ | Vietnam | ● | SSpSAP | ||||
Pour plus d’information sur les missionnaires du Verbe Divin et les Sœurs missionnaires du Saint Esprit, ainsi que sur Joseph Freinademetz et Arnold Janssen, voir internet :
Publié par : Societas Verbi Divini – Société du Verbe Divin (Rome)
Compilé par: Sepp Hollweck SVD
Édité par: Stefan Ueblackner SVD
Traduction française: Émile Vanderlinden SVD
Photos: SVD
Graphique et maquette: Brigitte Rosenberg (Vienne)
Tirage maquette: WMP, A-2340 Moedling
Imprimé par: GESP, Città di Castello (PG), Italie

J. Freinademetz